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lovendrin
 

puceEdito

lovendrin arts & lettres

Expos à Paris

Roger Caillois

Lovendrin est un bulletin consacré sans restriction aux arts & lettres. Nous publions tous les deux mois un numéro de douze pages. Les sujets abordés sont divers : un auteur, un artiste, une période, une œuvre, une question technique ou érudite…

Nous attachons de l’importance à la présentation : typographie, photographies des œuvres dont il est parlé.

Quant au ton, il est tantôt grave, tantôt léger, parfois impertinent.

Nos moyens intellectuels et financiers sont limités, mais nous faisons de notre mieux pour que lovendrin soit un bulletin de qualité !

 

L'abonnement est de 17 euros par an (six numéros),

par chèque à l'ordre de Samuel MARTIN.

ou bien par paiement sécurisé PayPal (n'oubliez pas de nous envoyer vos coordonnées postales par e-mail, voir rubrique Contactez-moi).

 

Nous pouvons vous envoyer gracieusement le dernier numéro paru, ou un numéro plus ancien (s'il n'est pas épuisé); en échange, quelques timbres seront les bienvenus, mais il n'y a pas d'obligation.

Notre adresse: lovendrin, 41 rue Vieille du Temple, 75004 PARIS.

N'hésitez pas à vous inscrire à la newsletter (ci-contre à gauche).

 

Lovendrin est la transcription médiévale de l’anglais love-drink, « boisson d’amour ». On le trouve aussi sous les formes lovendrant, lovendric. Ce mot désigne le philtre que boivent Tristan et Iseut, dans la version de Béroul. Nous n’avons pas choisi ce nom pour le breuvage qu’il désigne « qui fut pour eux la cause d’une vie remplie de peines, de souffrances et de longs tourments, ainsi que d’appétits charnels et de désirs perpétuels » (Saga scandinave, chap. 46) ; Denis de Rougemont a analysé, dans l’essai magistral L’Amour et l’Occident, le caractère destructeur du mythe. Nous l’avons choisi pour sa sonorité poétique et pour ce qu’il évoque : notre langue et littérature dans sa jeunesse, une époque où les mots anglais étaient naturellement francisés.

La recette du lovendrin s’est perdue : à base d’herbes, « il était parfaitement limpide ; les ingrédients n’y transparaissaient pas » (Folie Tristan de Berne, v. 447). La mère d’Iseut le concocta, car elle était versée dans la science des herbes, aussi malfaisante que bienfaisante ; prérogative des femmes sorcières dans la mythologie européenne. Cette femme était la sœur du Morholt, géant sanguinaire – singulière famille – et gageons que c’est elle qui empoisonna l’épée de son frère, ce qui occasionna une grave blessure à Tristan lorsqu’il se battit contre lui. De cette blessure, seule cette même femme put le guérir, ou sa fille selon certains (Folie Tristan de Berne), ce qui atteste la transmission de cette science de mère en fille.

« Mais vous ne savez pas, je pense, pour combien de temps fut déterminé l’effet du lovendrin, du vin herbé. » (Béroul, vv. 2136-2138) Trois ans d’après Béroul, illimité d’après Thomas : qu’importe ? Puisse lovendrin charmer longtemps ses lecteurs.


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Wanae.com Galerie d'Art Virtuelle - 2008
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puceLovendrin 25

Lovendrin n°25, septembre-octobre 2008

Contes & Nouvelles

de la Guerre de 1870

Cinq contes et nouvelles d'Alphonse Daudet, Guy de Maupassant, A. Villiers de l'Isle-Adam, Léon Bloy, présentés par Amédée Schwa.

+ Idées & Langages, par G. Lindenberger.

Numéro spécial, 16 pages, 3,50 euros.

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puceCésar

A la fondation Cartier

Un César sans Rubicon

Présent du 30 août 08

Un choix d’œuvres rassemblées à la Fondation Cartier : l’architecte Jean Nouvel commémore le sculpteur César (1921-1998) qui fut un de ses grands amis. Alors que la décennie qui a suivi la disparition de l’artiste s’est déroulée péniblement pour les proches sur fond de redressement fiscal, disparition d’œuvres et treizièmes tirages, faux dons et fausses ventes – un micmac successoral qui rappelle l’héritage Vasarely –, l’anthologie ramène les regards vers les Fers, les Expansions et les Compressions. Jean Nouvel connaît intimement la création césarienne, et on peut le croire sur parole lorsqu’il énonce que « l’Expansion est le contraire de la Compression » (bâtir des tours exige une hauteur de pensée).

Le geste compressif restera la marque de fabrique de César. Les premières voitures compressées datent de 1960, l’année de sa mort il en compressait encore – cette Suite milanaise réalisée dans les usines Fiat dont les esthètes savourent les délicates teintes industrielles. Jean Nouvel y décèle une préciosité et reconnaît se délecter « à regarder toutes ces tôles comme s’il s’agissait de drapés. »

Mais de quels drapés parle-t-on ? Du drapé qui exprime quelque chose, ne serait-ce que le corps qu’il recouvre ? Ou du drapé qui n’est que plis, qui n’a d’autre signification que lui-même ? Les drapés de tôle de César sont à rapprocher des drapés les moins sculpturaux du Bernin : l’Extase de Sainte Thérèse et l’Agonie de la Bienheureuse Louise Albertoni, qu’annonçait le monument à Sœur Maria Raggi. La technique y est admirable, mais l’idée appauvrie puisqu’en fin de compte elle est réduite à un courant d’air. La virtuosité au service du vide constitue une rhétorique. Chez César la vacuité existe en l’absence de technique. De façon semblable les Expansions de mousse de polyuréthane, mates, brillantes, métalliques ou granuleuses, ne nieront pas n’être que du laisser-aller de matière.

D’identique néant, ses quelques réalisations figuratives académiques (César a été formé par l’enseignement des Beaux-arts, Marseille puis Paris). Le monument à Eiffel, réalisé durant les années 1984-1989 avec des poutrelles ôtées à la Tour, est accompagné d’une sculpture en pied de l’ingénieur : celle-ci vaut autant qu’une statue de square. Il faut des statues dans les squares, il en est de touchantes comme celle de l’inventeur Martin : « Cette effigie le représentait en pied, avec un pardessus de bronze, si bien imité que les coins semblaient frissonner à un courant d’air, comme il arrive assez souvent dans la vie. » Le Monsieur Eiffel par César est de ce médiocre acabit. Comme tant d’autres quand il pratique le métier « traditionnel », il est sans intérêt. Les gestes innovateurs des artistes modernes sont un cache-misère – cette misère intérieure qui est la marque de l’art du vingtième siècle.

La cachotterie, possible avec des carrosseries, est moins aisée avec la chair. Jean Nouvel s’y laisse prendre, il admire « ces échantillons du corps humain, emblèmes de la sensualité agrandis dans une perfection anatomique allant jusqu’à l’empreinte digitale, le grain de la peau ou le pore… » Le pouce de César se décline en divers matériaux et tailles variées, jusqu’au monumental (illustration), ainsi que d’autres fragments de corps (seins, mains) appelés Empreintes humaines.

Des empreintes qui trahissent l’artiste faux : ce n’est pas aux fragments de la statue de Constantin qu’on songe (musée du Capitole) mais à Carpeaux qui a pratiqué l’agrandissement et la duplication à outrance, rapetissant et banalisant son talent. De même César avec son pantographe : croire que le gigantisme conférera la plénitude à ce qui est creux est une illusion. Peu importe les matériaux, que le pouce soit en résine de polyester orange ou rose, en cuivre, en aluminium, ou en bronze ou en marbre, il est manifeste que le relief ne suffit pas à faire un volume, il y manque la qualité de la forme.

Devant ces compléments de moignons, comment ne pas songer à l’antithétique main peinte par Bernard Bouts ? C’est une toile de 2 mètres de haut (reproduite page 28 de l’album dont DMM assura la distribution), que l’artiste a modestement et pudiquement appelée étude. Un cartouche situé en bas à droite représente Adam et Eve au pied de l’arbre, éclairant le sens de cette main : elle est aussi bien celle du Dieu créateur, modeleur de glaise, que celle de la Créature qui s’apprête à cueillir, voire qui a cueilli ; elle raconte la beauté et le mystère de la main ou du geste. Cette toile de Bernard Bouts compresse à elle seule toute l’œuvre de César, car elle dit quelque chose.

Samuel

César, Anthologie par Jean Nouvel, jusqu’au 26 octobre 2008,

Fondation Cartier pour l’Art contemporain

illustration : César, Pouce, 1965 © Adagp, Paris, 2008 © P. Gries

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